Histoire

Le château de Himeji – Le héron blanc

Le château de Himeji – Le héron blanc

La première chose qui me frappe alors que je m’approche du château de Himeji est sa blancheur immaculée. Pétillant dans la lumière du soleil, perçant un ciel bleu uniforme, je comprends sans problème d’où viennent ses deux surnoms les plus communs, Hakuro-jo et Shirasagi-jo – littéralement « le château de l’aigrette blanche » ou celui du « héron blanc ». Un chef d’œuvre de bois, blanc comme neige, et élégant comme l’oiseau près à s’envoler.

La forteresse a d’abord été construite en 1333, puis rénovée et repensée à de multiples reprises par les seigneurs successifs, les daimyo. La dernière grande extension, au moment de la construction du donjon, date de 1609, sous les ordres de Terumasa Ikeda, shogun de l’ouest. Considéré comme l’exemple le plus fin d’architecture japonaise du XVIIe siècle, le château de Himeji a été fermé pendant cinq ans à partir de 2010 pour une longue restauration à 2,3 milliards de yens. L’opération s’est concentrée sur un renforcement antisismique, ainsi qu’une rénovation du toit et du plâtre blanc emblématique du bâtiment.

Impatiente de le découvrir par moi-même, je suis rentrée dans le château par la porte principale de son enceinte – Otemon – avant de me diriger vers les guichets pour acheter mon ticket. J’y ai retrouvé Kenji Miyazaki, le guide volontaire qui allait mener ma visite matinale. Puis nous nous sommes dirigés de concert vers le donjon.

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Plus de 1000 meurtrières sont présentes dans le château de Himeji.

Le château de Himeji est un Trésor national du Japon, et l’un des premiers sites du pays à avoir intégré le patrimoine mondial de l’Unesco. Le château charismatique a même servi de décor à de nombreux scénarios épiques, dont le James Bond de 1967, On ne vit que deux fois. Himeji est aussi l’un des douze châteaux authentiques du Japon. Bien que jamais assiégée, la forteresse était définitivement prête au combat, avec un système de sécurité et une architecture élaborés, très en avance sur leur temps.

« Ce n’est pas étonnant que personne n’est jamais essayé de l’envahir », s’amuse Kenji. Elle est équipée d’environ 1000 sama, les meurtrières triangulaires, arrondies ou carrées, servant notamment aux archers ; ainsi que de nombreux ishiotoshi mado, ses trappes permettant de lâcher des rochers ou de l’eau bouillante sur les assaillants. En continuant de marcher vers la porte Hanomon, j’ai l’impression que nous serons vite au donjon. Mais ce n’est que le résultat d’une ruse, car la structure labyrinthique nous éloigne progressivement du cœur du château. L’architecture défensive de Himeji intégrait 84 portes et trois fossés, dont seuls 21 portes et le fossé intérieur ont survécu. J’ai aussi l’impression que si Kenji partait maintenant, je serai perdue un bon moment avant de retrouver la direction de tenshukaku, le centre du château où nous arrivons finalement.

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Le bel intérieur boisé du donjon.

La gemme étincelante de ce trésor culturel est le donjon récemment rénové, le daitenshu. Vu de l’extérieur, celui-ci donne l’impression de posséder cinq étages, mais il s’agit bien là d’une autre ruse de la structure de 46,4m. Avec les deuxième et troisième niveaux qui se confondent, et un sous-sol inédit de 385m² possédant des points d’eaux et une cuisine. Le premier niveau de 554m² équivaut à 330 tatami, mais l’immensité qu’il dégage lui ont valu le surnom de « pièce aux 1000 tatami ». Ses murs sont un alignement de râteliers, bugukake, à destination des lances et des fusils à mèche. Au plus fort de son histoire, Himeji a abrité 280 armes à feu et 90 lances.

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Les râteliers de l'intérieur du château servaient à ranger les fusils à mèche.

Une fois à l’intérieur, Kenji et moi grimpons successivement les six niveaux ; les escaliers devenant de plus en plus raides à mesure que nous avançons. Plusieurs fois, j’ai l’occasion de jeter un coup d’œil sur la ville, ce qui me permet de m’imaginer avec un arc, à devoir défendre le château contre une armée d’assaillants. Les troisième et quatrième niveaux possèdent de discrètes niches appelées mushikakushi, littéralement « cachettes pour guerriers », d’où les défendeurs pouvaient, en théorie, surprendre les ennemis ayant forcé le château. Au dernier étage, la vue est maintenant découpée par des barreaux d’acier, mais ce n’était pas le cas pendant les siècles passés quand le panorama était dégagé.

C’est à ce moment que Kenji interrompt ma rêverie pour raconter l’histoire chanceuse du château, avec au moins trois coups de pouce du destin lui ayant permis de résister à l’épreuve du temps !

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La vue panoramique sur la ville et l'enceinte du château depuis le haut du donjon.

Quand l’ère Meiji (1868–1912) a débuté, les temps sont devenus durs pour les châteaux japonais, devenus à la fois des gouffres financiers sans beaucoup d’intérêt et des symboles d’un temps que le régime nouveau voulait gommer. De nombreuses forteresses ont alors été vendues ou détruites. Himeji devait connaître le même destin, vendu aux enchères et racheté pour 23 yen – l’équivalent de 200 000 yens d’aujourd’hui, 1500 € – par Kanbe Seiichiro. Mais la destruction du héron blanc par ce dernier se révéla trop couteuse. « Le château était devenu un éléphant blanc », résume trivialement Kenji.

Puis pendant la Seconde guerre mondiale, une bombe incendiaire a été lâché directement sur le château de Himeji, mais ne s’est pas déclenchée comme prévu ! Enfin, le grand tremblement de terre de Kobe en 1995 fut la crainte la plus récente du château – « mais rien n’a été abîmé, même la bouteille de saké de l’autel shinto du dernier étage est restée en place », sourit Kenji. Pendant que nous redescendons, je m’émerveille devant le destin que mon guide vient de me décrire, celui de ce château passé de fardeau coûteux à icône nationale.

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Le jardin Koko-en comprend en fait neuf aires différentes, correspondant à autant de styles différents de la période Edo (1603-1868).

Une fois arrivé à la porte Otemon, je dis adieu à Kenji, qui me recommande chaleureusement de poursuivre la balade à l’ouest pour explorer le jardin de Koko-en. Aménagé au début des années 1990, sur le site de l’ancienne résidence seigneuriale Nishi-Oyashiki, le parc de 3,5 hectares comprend en fait neufs jardins distincts dans plusieurs styles de la période Edo (1603-1868). Le plus grand comprend un étang avec une chute d’eau et des centaines de carpes colorées.

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Le jardin de l'ancienne résidence du seigneur possède un étang où s'épanouissent des centaines de carpes colorées.

Mais le Koko-en comprend également deux pavillons du thé. Et la promesse du thé vert m’attire comme la lumière le papillon de nuit – je file en ligne droite vers Souju-an, celui qui fait face au donjon du château de Himeji. Je regarde à nouveau le héron blanc, aussi majestueux dans la distance que de près, et me sens alors bien chanceuse d’avoir arpenté ses couloirs – préservés par ces coups de pouce du destin.

Texte de Celia Polkinghorne et photographies de Jason Haidar

DESTINATION LIÉE

Hyogo

La préfecture de Hyogo se trouve approximativement au centre de l’archipel du Japon. Elle possède le port de Kobe qui joue un rôle important comme porte d’entrée du Japon. Elle est également dotée de nombreux sites touristiques comme le Château de Himeji, classé patrimoine mondial par l’UNESCO et plusieurs régions de sources chaudes onsen. Le boeuf de Kobe, une des trois grandes marques de boeuf japonais wagyu, est un de ses délices.