Aventure & Experience

Ikazaki Shachu : donner un nouvel éclat à la culture millénaire du papier japonais washi grâce à la dorure

Ikazaki Shachu : donner un nouvel éclat à la culture millénaire du papier japonais washi grâce à la dorure

Le sud de la préfecture d’Ehime abrite un lieu aux paysages urbains traditionnels parfaitement préservés et à l’artisanat du papier inégalé : Ikazaki. Né des bienfaits naturels intacts de la région et fort de milliers d’années de tradition, le papier washi japonais raffiné d’Ikazaki a contribué aux arts de la calligraphie et à la fabrication de paravents « shoji » à travers les siècles, devenant l’un des washi les plus en vue du Japon avant de connaître un déclin ces dernières années. Dans ce coin du Japon rural qui se bat pour maintenir en vie cet art aussi fascinant, j’ai visité Ikazaki Shachu, une entreprise qui fabrique du papier washi et fait la promotion de ses charmes dans le monde, où j’ai pu découvrir une approche innovante et m’essayer à la dorure sur washi, que l’on ne trouve qu’ici, à Ikazaki !

Uchiko Ikazaki : remontez le temps dans de vieux bourgs qui étaient autrefois les centres de production de papier washi les plus importants du Japon

五十崎社中②

Des paysages urbains traditionnels, un magnifique artisanat et une riche nature m’ont accueillie dans le quartier d’Ikazaki à Uchiko, une charmante région rurale du sud de la préfecture d’Ehime. Bénéficiant des eaux abondantes du fleuve Oda et entouré de montagnes intactes couvertes de forêts, Ikazaki disposait naturellement de tout ce qu’il fallait pour la fabrication du papier japonais, créant ainsi une tradition si ancienne et si prisée qu’elle est même mentionnée dans différents livres et documents datant de l’époque de Heian (794-1185).

Parmi les généreuses ressources naturelles de la région, on trouve non seulement des eaux d’une pureté exceptionnelle, élément essentiel à la production de beau papier, mais aussi des mûriers japonais « kozo » et des buissons à papier « mitsumata » qui poussent en abondance et servent de matières premières pour le papier japonais, permettant à plusieurs générations d’artisans locaux de fabriquer du washi de qualité supérieure. La sensation de douceur et de délicatesse qu’il produit au toucher, sa solidité malgré son incroyable finesse, sa texture lisse et sa capacité d’absorption exceptionnelles en ont fait l’un des papiers de calligraphie les plus recherchés au Japon !

五十崎社中③

Transmises au fil des siècles, la sagesse et les techniques locales de fabrication du papier ont été développées au cours de l’époque d’Edo (1603-1867) sous l’égide des seigneurs féodaux du domaine local d’Ozu, qui utilisaient le papier washi pour accroître leur fortune. Leurs efforts pour promouvoir le washi local et l’exporter dans tout le pays ont été tels qu’ils ont valu au washi d’Ikazaki le surnom de « washi d’Ozu » et qu’Uchiko est devenu un centre animé de commerce et de transport maritime, apportant à la région une richesse sans précédent. Les vestiges de la gloire de la ville peuvent encore être admirés dans les quartiers de Yokaichi et de Gokoku d’Uchiko, qui ont été sélectionnés comme zones de préservation d’ensembles architecturaux traditionnels importants, car ils ont magnifiquement conservé un grand nombre de maisons historiques datant de l’époque d’Edo et de l’ère Meiji, plongeant les visiteurs dans l’atmosphère du Japon ancien.

L’activité papetière d’Ikazaki s’est encore développée pendant l’ère Meiji (1868-1912), avec plus de 400 artisans impliqués dans la fabrication locale de washi, faisant de leur région l’un des principaux producteurs de papier washi du Japon.

五十崎社中④

Après la Seconde Guerre mondiale, en raison de la généralisation du papier fabriqué industriellement et de l’évolution des modes de vie et d’habitation vers des styles plus occidentaux, la demande pour le papier washi fabriqué à la main a progressivement diminué, entraînant le déclin de l’industrie locale du washi. Bien que le washi d’Ikazaki ait été classé comme artisanat traditionnel national par le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie en 1977, le nombre d’entreprises impliquées dans sa production a connu une diminution constante, aggravée par le manque de jeunes artisans susceptibles de perpétuer les précieuses traditions papetières d’Ikazaki.

La situation était si désespérée que les habitants craignaient même que le washi fait main ne disparaisse d’Ikazaki. Ils ont donc uni leurs forces pour tenter de sauver cette industrie locale qui leur était si chère et lui redonner sa popularité.

Ikazaki Shachu : une entreprise prisée qui revitalise l’industrie locale du washi grâce à une dorure innovante

五十崎社中⑤

Désireuse de m’immerger dans la culture locale du washi et de découvrir les efforts déployés pour la préserver, j’ai visité l’usine de papier Tenjin d’Ikazaki Shachu, au cœur de l’incroyable revitalisation régionale que connaît Ikazaki. Les vieux bâtiments en bois des ateliers qui se dressent le long du fleuve Oda témoignent des longues années de travail dévoué à travers leurs élégantes silhouettes anciennes et constituent l’une des rares usines qui fabriquent encore du washi d’Ikazaki à la main.

Le papier était en phase de séchage lorsque j’ai visité l’usine. J’ai pu observer l’un des artisans poser élégamment des feuilles de washi sur des plaques de fer, puis en brosser les moindres plis, ressemblant presque à une vision du passé dans cette salle pleine de vapeur à la lumière tamisée.

五十崎社中⑥

Hiroyuki Saito, PDG d’Ikazaki Shachu, m’a guidée à travers les secrets du papier haut de gamme d’Ikazaki et de son succès récemment reconquis. Entré dans l’univers du washi d’Ikazaki presque comme s’il avait été guidé par le destin, il est finalement devenu une figure clé dans le domaine lorsque le washi d’Ikazaki a été sélectionné par le ministère japonais des affaires étrangères dans le cadre du programme JAPAN BRAND comme l’un des artisanats traditionnels du pays promu à l’étranger afin de nourrir l’intérêt et la compréhension de la communauté internationale pour le Japon.

Hiroyuki Saito est un ingénieur système originaire de la préfecture de Kanagawa qui ne s’est installé à Ikazaki – lieu de naissance de sa femme – qu’après avoir entendu parler du programme JAPAN BRAND par son beau-père, et a alors décidé d’aller de l’avant en créant Ikazaki Shachu en 2008. Soucieuse de perpétuer la culture du washi d’Ikazaki tout en innovant, l’entreprise est désormais le seul producteur de papier peint washi doré au monde.

五十崎社中⑦

Contrastant avec l’atmosphère sobre de l’usine, l’atelier offrait un spectacle chatoyant de teintes dorées, ses murs et ses stands étant recouverts du célèbre washi doré d’Ikazaki. Une multitude de somptueux types de washi embellis par des motifs complexes et accrocheurs y étaient exposés, certains si fins et détaillés qu’ils ressemblaient presque à de la dentelle, et d’autres si audacieux qu’ils me rappelaient des œuvres d’art moderne.

Une chance incroyable est à l’origine de la rencontre qui a fait naître le washi doré d’Ikazaki, unique en son genre. Soutenu par le programme JAPAN BRAND, Hiroyuki Saito a pu exposer du washi d’Ikazaki lors d’un salon parisien dédié à la décoration d’intérieur, à l’occasion duquel il a découvert le papier peint doré d’un designer hongrois basé en France, Gabor Ulveczki. Fasciné par le magnifique éclat des feuilles de métal appliquées sur le papier, il a pensé que la même technique pourrait également fonctionner à merveille sur le washi d’Ikazaki.

Chose curieuse, la dorure n’est pas à l’origine destinée au papier, puisqu’il s’agit d’une ancienne technique européenne utilisée pour décorer les cadres de tableaux et les meubles. Le style novateur de Gabor Ulveczki, qui a valu à sa société de design le prestigieux label français d’Entreprise du Patrimoine Vivant, tire quant à lui parti de l’oxydation et de la corrosion de l’or, du cuivre, de l’argent et de l’aluminium pour créer des couleurs étonnantes et des effets brillants particuliers qui s’accordent si bien avec le papier que le matériau semble presque vivant.

五十崎社中⑧

Gabor Ulveczki s’est installé pour quelque temps à Uchiko et a fourni des conseils techniques à Ikazaki Shachu tout en collaborant avec l’entreprise au développement de produits washi utilisant la dorure. Ils ont dû suivre un long processus de tâtonnements afin d’adapter les colles utilisées pour la dorure au papier washi, qui est plus irrégulier que le papier ordinaire, mais ils sont finalement parvenus à faire naître un nouveau type de washi caractérisé par une élégance et une originalité exquises, sans renoncer à la douceur et à la sensation aérienne caractéristiques du washi d’Ikazaki. Au fil du temps, la production de ce washi a apporté une nouvelle vitalité à la communauté et aux entreprises locales.

Attirant l’attention dans le pays comme à l’étranger, ce nouveau papier doré est aujourd’hui utilisé pour la décoration intérieure de grands hôtels, d’établissements commerciaux et même de l’une des sources thermales les plus réputées du Japon, Dogo Onsen, ou pour ajouter une touche somptueuse aux panneaux d’art et aux boîtes de marques comme GODIVA et Cartier ! De plus en plus de jeunes souhaitent apprendre l’art de la fabrication du papier et perpétuer l’industrie traditionnelle d’Ikazaki.

Atelier Ikazaki Shachu : essayez-vous à la dorure sur papier washi et créez des souvenirs uniques

五十崎社中⑨

La visite m’a permis de m’essayer à la dorure sur cartes postales en washi et d’apprendre plusieurs techniques de base de cette merveilleuse forme d’art ! J’ai donc pris place et, alors que nous étions sur le point de commencer, Hiroyuki Saito m’a fièrement révélé que cet atelier était extrêmement populaire depuis qu’ils l’avaient créé. Simple et ludique, il affiche un taux de satisfaction de 100 % auprès des visiteurs japonais et internationaux !

五十崎社中⑩

Les cartes postales présentaient huit motifs différents conçus et réalisés à la main par les artisans d’Ikazaki Shachu et de l’usine de papier Tenjin. Certains motifs étaient plutôt amusants, comme une ourse et ses petits si mignons, tandis que d’autres étaient plus traditionnels, comme des fleurs de cerisier « sakura ». J’ai choisi la célèbre estampe ukiyo-e de Hokusai La Grande Vague de Kanagawa, qui est l’une de mes œuvres d’art japonaises préférées, ainsi qu’un dessin représentant de magnifiques camélias japonais fleurissant dans la neige.

五十崎社中⑪

La colle étant déjà appliquée sur le dessin, il ne me restait plus qu’à choisir les feuilles de métal qui me plaisaient parmi les cinq pots devant moi et à laisser le flux créatif s’emparer de moi. Coller les feuilles n’a pas été trop difficile après que Hiroyuki Saito lui-même m’a brièvement guidée dans le processus. Chaque feuille présentait des teintes merveilleuses, créant des motifs chatoyants imprévisibles lorsqu’elle était appliquée et donnant à chaque carte postale un aspect différent et unique, reflétant le goût et l’esprit de son créateur. Par exemple, j’ai décidé d’adopter une approche plutôt fantasmagorique par l’ajout d’or à la crête de la vague et de cuivre aux camélias, ajustant librement les couleurs à mon goût.

五十崎社中⑫

Une fois qu’une feuille a été appliquée et aplatie au rouleau, l’excédent peut être retiré à l’aide d’une brosse qui révèle lentement le résultat final. J’ai eu l’impression que mes cartes postales m’offraient une sorte de chasse au trésor, car on ne sait jamais exactement comment les couleurs vont apparaître et à quoi ressembleront les créations finales. Comme Hiroyuki Saito l’avait promis, j’ai pu ramener chez moi non seulement des souvenirs originaux, mais aussi des éléments de la culture locale, ce qui m’a permis de rejoindre les rangs des déjà nombreux amateurs de dorure sur washi !

Boutique d’Ikazaki Shachu : ramenez à la maison du charmant papier washi japonais fabriqué à la main par les artisans d’Ikazaki

五十崎社中⑬

Mon très bref moment en tant qu’artisane doreuse était terminé, mais je ne pouvais pas quitter Ikazaki Shachu sans visiter leur boutique ! Située juste entre l’usine et la salle de l’atelier, la boutique d’Ikazaki Shachu était pleine de tous les produits en papier dont je pouvais rêver, avec une grande variété d’accessoires colorés et d’articles de papeterie comme du papier à lettre, des cartes postales, des couvertures de livres et des étuis à cartes de visite, ainsi que des articles d’intérieur tels que des abat-jour, des tapis de table ou des sous-verre. C’était l’endroit idéal pour m’approvisionner en superbes produits locaux faits main !

Laissez votre créativité s’exprimer tout en vous immergeant dans l’univers fabuleux de la dorure sur washi

Combinant des traditions de papier millénaires et des techniques de dorure internationales, le washi doré est un produit que l’on ne trouve qu’à Ikazaki. Participez à l’incroyable revitalisation régionale de la zone et rencontrez les habitants qui l’ont rendue possible, tout en enrichissant votre séjour au Japon grâce à cette expérience pratique !

DESTINATION LIÉE

Ehime

La région de Ehime possède l’autoroute Nishiseto, une des plus grandes pistes cyclables du Japon et elle est connue des cyclistes du monde entier. Ehime est dotée de nombreux endroits où les visiteurs peuvent rencontrer l’histoire, dont Dogo Onsen, une source chaude dont l’histoire remonte à plus de 3.000 ans et les rues uchiko, restées inchangées depuis les périodes Edo et Meiji.

Ehime