Aventure & Experience
Voyage à travers la Shimanami Kaido
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- DERNIÈRE MISE À JOUR
- 19 Novembre, 2025
La spectaculaire Shimanami Kaido est l'une des plus belles pistes cyclables du monde. Elle s'étend sur environ 70 kilomètres à travers les îles et les ponts de la mer intérieure de Seto, reliant Onomichi, dans la préfecture de Hiroshima sur l’île de Honshu, à Imabari, dans la préfecture d'Ehime sur l’île de Shikoku. Prenez votre temps et faites des pauses en chemin : vous découvrirez alors que cette route maritime grandiose est riche en histoire.
Alors que vous suivez cette ligne bleue qui relie les paysages terrestres et maritimes aux activités culturelles et aux communautés côtières, souvenez-vous que chaque traversée est un voyage unique. Cet itinéraire n’est qu’un exemple parmi d’autres : il rassemble quatre expériences insulaires, chacune offrant un regard différent sur la célèbre route maritime de Setouchi.
Sommaire
Le château d'Imabari : une forteresse maritime marquée par la stratégie navale
J’ai commencé mon périple au château d’Imabari, à l’extrémité sud de la Shimanami Kaido. Lors de mes voyages précédents, j’avais filé à toute vitesse à travers le centre-ville pour rejoindre Dogo Onsen, à Matsuyama, mais je savais que ce château, si rare en bord de mer, méritait toute mon attention.
Considéré comme l'un des trois plus grands châteaux « en bord de mer » du Japon, le château d'Imabari se dresse sur des dunes de sable entourées d'un large fossé rempli d'eau de mer, dont le niveau varie en fonction des marées. Je me suis promenée le long des douves et j'ai aperçu un gros pagre noir et de nombreux poissons-globes tachetés nageant près de la surface. Les douves abritent plusieurs espèces de poissons d'eau salée, ainsi que des killies qui se développent dans l'eau de source qui jaillit du fond des douves.
Le vaste plan carré du château d'Imabari a été conçu par Todo Takatora, un éminent commandant militaire et maître architecte de châteaux sous le shogunat Tokugawa. Son influence était telle qu'une statue en bronze grandeur nature de Todo Takatora à cheval trône aujourd'hui dans la cour, près de laquelle se dresse le donjon blanc principal.
Construit au début de la période Edo (1602-1868) et achevé vers 1608, ce château en bord de mer combine les techniques de construction les plus avancées de son époque. Les murs de pierre s'élèvent jusqu'à 13 mètres de haut et contiennent du marbre blanc brillant ainsi que du granit provenant de la côte, tandis que la largeur des douves intérieures (de 50 à 70 mètres) dépasse la portée des flèches, ce qui constitue une mesure de défense stratégique.
Bien que le reste du château d'origine ait été détruit pendant la période Meiji (1868-1912), la tour, la porte principale Kuroganegomon et trois tourelles ont été soigneusement reconstruites afin de révéler toute la splendeur du château d'Imabari. Le port, qui se trouvait autrefois à l'intérieur du complexe du château, est encore utilisé aujourd'hui. Il bénéficie d'une position stratégique face à la route maritime de Kurushima qui traverse la mer intérieure de Seto.
Si la splendeur du château d'Imabari à Setouchi a permis d'asseoir efficacement le nouvel ordre féodal japonais pendant la période Edo, sa puissance maritime est incontestablement héritée des seigneurs de la mer de la région pendant la période Sengoku (XVe-XVIIe siècles) : les Murakami Kaizoku.
Accès : à environ 10 minutes en vélo de la gare d'Imabari (location de vélos)
Murakami Kaizoku : l'héritage des seigneurs de la mer
Kaizoku est souvent traduit par « pirates », un terme antérieur à l’ère de la marine exclusivement militaire (suigun). Cependant, comme pour les samouraïs ou les ninjas, le mot japonais renvoie à une réalité sociale et culturelle propre à son époque, dépourvue de la connotation négative de pillards des mers.
Les Murakami Kaizoku ont été actifs du milieu du XIVe siècle à la fin du XVIe siècle. Ce clan de marins et de navigateurs redoutables connaissait parfaitement les violents courants marins qui tourbillonnaient autour des chenaux des îles Geiyo (regroupées autour de l'actuelle Shimanami Kaido). Le clan était basé sur les trois îles principales de Noshima, Kurushima et Innoshima. En échange de droits de passage, les Murakami Kaizoku maintenaient collectivement l'ordre le long de leurs routes maritimes : ils guidaient les navires, gardaient les flottes et transportaient des marchandises.
Je suis ensuite arrivée à Miyakubo, sur la côte nord-est de l'île d'Oshima, juste à temps pour déguster un déjeuner à base de fruits de mer frais au Noshima Suigun. Après ce délicieux repas, j'ai embarqué à bord d'un bateau touristique spécial qui nous a emmenés en mer, faisant notamment le tour de Noshima jusqu'au pont Hakata-Oshima, avant de revenir au point de départ, le tout en 40 minutes. J’ai d’abord été fascinée par notre proximité avec Noshima, où j'ai pu apercevoir les traces de l’ancienne présence des Murakami Kaizoku et les ruines de nombreuses petites forteresses disséminées sur les îles. Ensuite, je me suis vite laissée submerger par la mer : le bateau était cerné de marées tourbillonnantes et de courants fougueux, et il était facile d’imaginer comment des marins inexpérimentés pouvaient se laisser happer par ces eaux agitées sans les seigneurs de la mer Murakami pour les guider. Ce jour-là, le courant atteignait environ cinq nœuds ; pour assister à des marées encore plus impressionnantes, m’a confié l’équipage, il faut revenir au moment de la pleine lune.
Situé en face du restaurant, le musée Murakami Kaizoku expose des répliques des bateaux en bois que les marins utilisaient avec habilité pour naviguer sur les canaux, une grande carte qui indique l'emplacement des ruines excavées, une réplique du drapeau caractéristique des Murakami arborant le kanji “上,” ainsi que des artefacts soigneusement conservés, tels que la veste rouge vif portée par Murakami Takeyoshi, qui dirigeait le clan Noshima Murakami, le plus puissant et le plus prospère. Le musée présente également de rares céramiques et autres marchandises commerciales provenant des fouilles menées dans leur village, ainsi que des flûtes noh et des instruments utilisés pour la cérémonie du thé et la combustion d'encens. En effet, les Murakami Kaizoku étaient bien plus que de simples marins aguerris ; ils formaient un clan raffiné, attaché aux arts et aux rituels.
Accès : 20 à 30 minutes en vélo depuis Imabari (le chemin peut également se faire en bus ou en voiture)
Azumi Setoda : un ryokan historique
Située à mi-chemin environ de la Shimanami Kaido, l'île ensoleillée d'Ikuchijima est un endroit très prisé pour passer la nuit ou simplement manger un morceau. On y trouve un glacier en bord de mer proposant des parfums de la région, un ensemble de sculptures colorées en plein air, une plage particulièrement belle lors du coucher du soleil, une colline marbrée surplombant un temple pittoresque, ainsi que plusieurs initiatives visant à redynamiser la zone portuaire de Setoda, autrefois florissante.
Parmi les projets de restauration historique menés sur l'île, le plus ambitieux est sans aucun doute celui d'Azumi Setoda, situé dans la rue principale de Shiomachi. Ce luxueux ryokan a ouvert ses portes en 2021, après des années de travaux de restauration et de rénovation de l'ancienne résidence Horiuchi, construite en 1876. Pendant la période Meiji, Setoda a prospéré grâce au commerce maritime et à l'industrie locale du sel ; la famille Horiuchi était l'une des familles de marchands les plus riches de la région. Leur domaine comprenait deux propriétés finement ouvragées, qui ont toutes deux été restaurées dans le style Sukiya de l'architecture japonaise, inspiré des maisons de thé traditionnelles. Les restaurations préservent autant que possible les poutres en bois et les éléments structurels d'origine, tout en intégrant de nouveaux matériaux et techniques pour un changement progressif et naturel.
Le rez-de-chaussée en bois foncé et les murs blancs du premier étage, sous un toit de tuiles anthracite, ont été repeints pour retrouver leur aspect d'origine. À l'intérieur d'Azumi Setoda, le hall d'entrée est lumineux et accueillant, avec un escalier ouvert menant à une mezzanine sous des poutres apparentes spectaculaires. L’architecte Shiro Miura, formé à Kyoto au style Sukiya, a cherché à mettre en valeur la qualité des bois d’origine grâce à un vieillissement minutieusement contrôlé, tandis que les jardins intérieurs permettent à la maison de respirer grâce à de hautes clôtures à lattes (kakine) qui filtrent la douce lumière du soleil et la brise légère dans le climat humide de l’île.
Le personnel est tout aussi sensible à l'atmosphère harmonieuse et aux soins quotidiens méticuleux nécessaires pour entretenir cette demeure restaurée avec amour. De même, les clients sont encouragés à s'intégrer à la culture locale, en profitant de la plage de sable, en dégustant une cuisine régionale servie dans de la vaisselle ancienne, en parcourant l'île à vélo, ou encore en discutant avec les habitants. Des activités plus haut de gamme, telles que des visites guidées et des excursions d'île en île, peuvent également être organisées.
Je me suis offert un bain chaud ressourçant à l'annexe Yubune du ryokan qui se trouve juste en face. Le seul sento (bains publics) de l'île est décoré de carreaux bleu vif et d'une mosaïque colorée représentant une scène classique de Setouchi, avec des dorades rouges et des citrons frais. Au-dessus de la réception est accrochée une enseigne originale en bois laqué avec une calligraphie mystérieuse, en regard d'une esquisse du bateau yubune original utilisé pour transporter l'eau chaude. L'histoire locale est encore très vivante ici, tout aussi élégante et conviviale qu'un bain public communautaire.
Accès : près du port de Setoda, à 2h-2h30 en vélo depuis Imabari via Shimanami Kaido.
etSETOra : à bord d’un train rétro
Lorsque je suis arrivée à Onomichi, dans la préfecture de Hiroshima, et que j'ai rendu mon vélo, j'étais disposée à changer de perspective, à quitter la route pour emprunter les rails. L'etSETOra est un train touristique unique qui longe doucement la côte nord de la mer intérieure de Seto, entre Fukuyama à l'est et Hiroshima à l'ouest, tout en faisant escale dans de nombreuses petites villes le long du trajet.
Je suis montée à la gare d'Onomichi et j'ai immédiatement été séduite par l'intérieur rétro et chaleureux du wagon. Le sol en bois chic, apparemment inspiré par la scène plate du sanctuaire Miyajima Itsukushima, est rehaussé avec goût par des sièges moelleux de la couleur des feuilles d'automne, disposés dans un agencement spacieux permettant à chacun de profiter d'une vue imprenable sur le calme paysage marin. Mon siège faisait face à la grande fenêtre, d'où je pus contempler à distance les différentes îles que j'avais traversées à vélo.
J'ai commandé un cocktail Setouchi Blossom, à base de gin artisanal Sakurao, distillé à Hiroshima à partir de plantes locales, et de Marugoto Kajitsu, une délicieuse confiture acidulée de fruits provenant d'Aohata à Takehara, l'une des nombreuses villes historiques situées le long de la ligne etSETOra. Une sélection de douceurs en éditions limitées était également disponible à bord, toutes propres à Setouchi, à acheter ou à déguster en accord avec des sakés issus de différentes étapes du périple.
Informations : https://www.jr-odekake.net/railroad/kankoutrain/etsetora/
Un voyage qui reconnecte
La Shimanami Kaido a de multiples facettes et a vécu de nombreuses vies, depuis les routes maritimes du XVe siècle qui sillonnaient les îles Geiyo, jusqu'à la forteresse samouraï au placement stratégique pour la défense navale, en passant par les ports commerciaux florissants où vivaient de riches marchands, jusqu'à la piste cyclable panoramique et l'autoroute entre Imabari et Onomichi qui ont finalement été inaugurées en 1999.
Bien plus qu'un simple itinéraire cyclable, ce voyage est un véritable périple culturel. Des sites tels que le château d'Imabari et le musée Murakami Kaizoku évoquent l'histoire de la région de Setouchi, tandis qu'une escale à Azumi Setoda et un trajet à bord de l'etSETOra mettent en valeur la culture dynamique d'aujourd'hui. Ensemble, ils montrent comment la Shimanami Kaido constitue un pont entre le passé et le présent.
Cette route maritime en perpétuelle évolution n’attend que d’être redécouverte, chaque fois avec un regard neuf et des expériences renouvelées. À vous maintenant de tracer votre propre chemin et de relier les escales selon votre voyage.
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Ehime
La région de Ehime possède l’autoroute Nishiseto, une des plus grandes pistes cyclables du Japon et elle est connue des cyclistes du monde entier. Ehime est dotée de nombreux endroits où les visiteurs peuvent rencontrer l’histoire, dont Dogo Onsen, une source chaude dont l’histoire remonte à plus de 3.000 ans et les rues uchiko, restées inchangées depuis les périodes Edo et Meiji.