Art & Culture

Les joyaux artistiques cachés de Setouchi

Les joyaux artistiques cachés de Setouchi

La région de Setouchi abrite de nombreux musées d'art dans ses grandes villes, et accueille également la très médiatisée Triennale d'art de Setouchi, qui attire des foules venues admirer des œuvres spécifiques au site, réparties sur plusieurs îles phares de la mer intérieure de Seto. Il suffit cependant de s'écarter légèrement des sentiers battus pour découvrir une poignée de joyaux artistiques méconnus qui méritent largement le détour. Non seulement ces musées rassemblent des artistes de premier plan, mais les structures qui les abritent sont, dans bien des cas, de véritables œuvres d'art architecturales — une architecture qui met en lumière les fascinantes relations entre l'art et les paysages terrestres et maritimes, sans cesse changeants, de la mer intérieure de Seto.

Table des matières

1. Musée d'art contemporain de Nagi (Okayama) | Des œuvres intégrées à l'architecture

Le musée d'art contemporain de Nagi (NagiMOCA) a ouvert ses portes en 1994 à Nagi, dans la préfecture d'Okayama, en tant que musée d'art expérientiel pionnier. Dans un espace qui invite les visiteurs à retrouver un émerveillement enfantin et éveille une curiosité ludique, les œuvres se vivent à travers les cinq sens ; les interprétations et les regards de chacun étant laissés entièrement libres.

Le bâtiment lui-même a été conçu comme une collaboration entre le célèbre architecte japonais Arata Isozaki et quatre artistes de renommée internationale, chargés de créer de grandes installations spécifiques au site. Les trois œuvres qui en ont résulté ont été directement intégrées à l'architecture du musée sous la forme de trois salles d'exposition distinctes et interactives, chacune orientée selon son propre axe naturel : la Terre, la Lune et le Soleil.

Le premier espace que les visiteurs rencontrent est généralement celui de la Terre, qui présente Utsurohi – a Moment of Movement d'Aiko Miwayaki. C'est un mélange singulier de matériaux et de surfaces : un enchevêtrement d'arcs en fil d'acier inoxydable jaillissant de pierres noires et se reflétant dans un plan d'eau immobile. L'installation revêt un aspect très différent selon l'heure du jour et la saison, notamment sous le givre hivernal. Son axe central pointe vers le sommet du majestueux mont Nagi.

La salle de la Lune, en forme de croissant épuré, accueille HISASHI – THAT WHICH SUPPLEMENTS de Kazuo Okazaki. Cet espace s'inspire des avant-toits protecteurs : un lieu paisible, propice au repos. Deux longs bancs de pierre, disposés le long de la paroi incurvée, offrent aux visiteurs un endroit où se reposer le corps et l'esprit. Les yeux fermés, l'installation se mue en expérience auditive, où chaque mouvement est amplifié. Le sol est rugueux, et la salle résonne du bruit des pas. Le mur plat de la Lune est orienté dans la direction du ciel à 22 heures lors de la pleine lune d'automne.

© 1994 Reversible Destiny Foundation. Reproduit avec l'autorisation de la Reversible Destiny Foundation.

La salle du Soleil est sans doute la plus surprenante des trois : on y accède par un mystérieux escalier plongé dans l'obscurité, avant de déboucher dans la pièce cylindrique et surréaliste d'Ubiquitous Site, Nagi's Ryoanji, créée par Shusaku Arakawa et Madeline Gins. Des jardins de pierres zen semblables à celui du temple Ryoanji de Kyoto tapissent les parois concaves. Aucune surface n'est plane, ce qui rend l'espace délicieusement déstabilisant, comme si l'on se trouvait à l'intérieur d'un télescope géant. Des rochers, des bancs incurvés, des bascules en diagonale et des barres horizontales sont disposés symétriquement autour de l'axe central du cylindre, lequel est orienté plein sud.

2. Musée d'art préfectoral de Hyogo (Hyogo) | Un pôle culturel ouvert où l'architecture et la mer se font écho

Le musée d'art préfectoral de Hyogo a ouvert ses portes en 2002 sur le front de mer du quartier portuaire historique de Kobe. Conçu comme un symbole de renaissance culturelle à la suite du grand séisme Hanshin-Awaji de 1995, le musée a pour vocation de promouvoir l'art et la culture de la préfecture de Hyogo, avec une attention particulière portée aux arts visuels.

Les expositions présentent une sélection soignée d'œuvres issues d'une collection d'environ 13 000 pièces, aux côtés d'expositions temporaires consacrées à des œuvres japonaises et internationales. Grâce à cette programmation, le musée accueille des visiteurs de toutes générations.

Le bâtiment a été conçu par l'architecte internationalement reconnu Tadao Ando. Caractérisée par sa puissante structure en béton apparent, ses couloirs vitrés ouverts vers la mer et ses compositions spatiales qui intègrent avec subtilité le jeu changeant de la lumière et de l'ombre, l'architecture est à la fois retenue et saisissante. En dialogue silencieux avec les œuvres exposées, le bâtiment lui-même enrichit l'expérience de la contemplation artistique.

Mêlant architecture, nature et art, le musée s'affirme comme un espace culturel ouvert, qui relie la mémoire et l'avenir de la ville de Kobe.

Au fil de leur déambulation, les visiteurs traversent une succession d'espaces aux ondulations douces, et l'architecture elle-même s'impose comme une composante à part entière de l'expérience de visite. La structure en béton brut, clairement affirmée, est conçue pour guider naturellement le regard vers l'extérieur, intégrant la mer et le ciel environnants dans l'expérience spatiale et soulignant ainsi le dialogue entre architecture et nature.

À l'extérieur, de longs escaliers horizontaux et un auvent audacieusement saillant confèrent au bâtiment toute sa singularité, invitant le regard à se perdre vers l'horizon, le long du front de mer. Les niveaux superposés des escaliers créent des profondeurs changeantes selon les angles de vue, donnant au bâtiment une expression riche et dynamique.

Ouverte en 2019, la galerie Ando a été conçue et réalisée grâce à un don personnel de l'architecte Tadao Ando. Devant la galerie se dresse Green Apple, un monument offert par Ando et inspiré du poème « Youth » du poète américain Samuel Ullman. Symbole d'espoir et de jeunesse éternelle, l'œuvre incarne le cœur de la philosophie personnelle d'Ando.

À l'intérieur, la galerie se présente comme une rétrospective visuelle de la carrière architecturale d'Ando. Croquis conceptuels, dessins, maquettes, plans et photographies retracent la trajectoire de ses activités multiples au fil de plusieurs décennies. À l'étage, un espace bibliothèque permet aux visiteurs de consulter librement les propres publications d'Ando ainsi que des ouvrages sur l'architecture.

La galerie Ando accueille également d'importantes installations qui témoignent de l'histoire du site et du processus de reconstruction après le séisme de 1995. Ces présentations permettent aux visiteurs de mieux comprendre le rôle du musée en tant que lieu de mémoire, de réflexion et de continuité culturelle.

3. Musée d'art Simose (Hiroshima) | Admirer l'art, à l'intérieur de l'art

Primé par le Prix Versailles parmi les « plus beaux musées d'art du monde », le Simose a ouvert ses portes en 2023 dans la ville d'Otake, dans la préfecture de Hiroshima, et se déploie jusque dans la mer intérieure de Seto. Surnommé le « musée mobile », il a été conçu par l'architecte japonais primé Shigeru Ban qui, engagé dans une démarche écologique, a imaginé un espace variable où architecture, paysage et collection se fondent en une seule et même expérience.

Huit galeries en forme de cubes colorés semblent flotter dans un bassin peu profond ; chacune repose sur une barge et peut être repositionnée par le personnel afin que la séquence spatiale évolue en fonction du propos de l'exposition. Un long mur de verre miroir en arrière-plan double la vue et fond visuellement le musée dans son cadre côtier. Des fleurs saisonnières agrémentent le jardin aquatique, tandis que les miroirs et les verres colorés du musée reflètent les variations du ciel, façonnant l'atmosphère d'heure en heure. Restez au moins jusqu'au coucher du soleil pour voir les cubes des galeries mobiles s'illuminer à la tombée de la nuit.

S'étendant juste en contrebas de la Terrasse panoramique sur la mer, les galeries mobiles évoquent également les nombreuses îles de la mer intérieure de Seto. Par temps clair, on distingue aisément, au loin, Miyajima et son célèbre torii rouge. Otake est située entre les îles touristiques de Hiroshima et la zone de loisirs prisée du littoral de la préfecture de Yamaguchi ; le musée d'art Simose constitue ainsi une halte culturelle toute naturelle lors d'un voyage entre ces différentes destinations.

Quelques-unes des pièces les plus prisées de la collection sont les vases en verre d'Émile Gallé, parmi quelque 500 œuvres d'art et objets d'artisanat rassemblés au cours d'un demi-siècle par Yumiko Simose et ses parents, dont des œuvres d'artistes tels qu'Henri Matisse, Marc Chagall et Léonard Foujita. À l'extérieur, la palette végétale fait écho aux fleurs chères à Émile Gallé. Le parc change de ton et de couleur au fil des saisons, tandis que les surfaces miroirs et les cubes colorés de Ban en amplifient les métamorphoses.

Le complexe Simose est également doté d’un café et d’une boutique dans un espace paisible et ouvert, abrité par une structure en bois inspirée d'un arbre aux branches longues et généreuses. Par ailleurs, le site comprend aussi un restaurant gastronomique français et dix villas de luxe, implantées en bord de mer ou nichées dans la forêt, toutes signées Shigeru Ban et chacune dotée d'un caractère unique. Les résidents peuvent y séjourner dans une tranquillité préservée : l'accès au jardin leur est réservé à certaines heures.

4. Musée d'art d'Omishima / Musée Tokoro Omishima (Ehime) | L'art sur l'île, face à la mer

La grande île d'Omishima réserve bien des trésors insoupçonnés le long de la Shimanami Kaido, cette route panoramique qui saute d'île en île pour relier Honshu à Shikoku à travers la mer intérieure de Seto. Située à peu près à mi-parcours, Omishima offre une escale idéale pour quitter la route principale et explorer l'île plus en profondeur.

L'entrée du musée d'art d'Omishima, Imabari, frappe immédiatement par son toit en arc d'une hauteur spectaculaire, soutenu à l'extérieur par des piliers en bois et doté de poutres apparentes sous le plafond. Le musée lui-même adopte un style architectural japonais traditionnel, avec de beaux murs blancs. Le bâtiment est entouré d'un modeste jardin-promenade et semble avoir été conçu de manière à ne pas empiéter sur le sanctuaire voisin. Si la collection permanente est spécialisée dans le Nihonga (peinture japonaise contemporaine) d'artistes vivants, les expositions temporaires vont de l'art numérique expérimental aux rares estampes ukiyo-e de la période Edo (1603-1868).

Un autre point fort est la salle d'exposition commémorative dédiée au peintre japonais Toshio Tabuchi, inaugurée à l'occasion du 10e anniversaire du musée. Elle présente certaines de ses grandes peintures originales représentant des paysages semi-abstraits et des scènes en perspective, accompagnées d'esquisses préparatoires, ainsi que des outils et matériaux qu'il utilisait pour les créer.

À moins de 15 minutes de route, le musée Tokoro Omishima offre un écrin saisissant à une collection de sculptures que l'on découvre avec émerveillement au cœur d'un paysage naturel et panoramique. Évoquant une Arche de Noé échouée sur le rivage, ce musée à ciel ouvert prend la forme d'une terrasse en béton étagée surplombant la mer intérieure de Seto.

L'effet de surprise commence dès le sommet, où les Kissing Doors de l'artiste américain Noé Katz forment l'entrée de la galerie semi-ouverte. Des œuvres d'artistes japonais et internationaux contemporains, réalisées en bronze, aluminium, bois de récupération et autres matériaux résistants aux intempéries, entrent en résonance et en contrepoint avec leur environnement, dans une expression harmonieuse du beau, unissant art et nature. Le niveau inférieur de la structure s'étend jusqu'à la végétation qui borde la mer, où il est possible d'admirer le paysage sous un ciel ouvert.

5. Voir l'art à travers le paysage de Setouchi

Mer, îles, ciel et panoramas urbains composent des paysages variés qui s'animent en toiles de fond naturelles pour l'architecture et les œuvres d'art autour de la mer intérieure de Seto. À la différence des musées urbains, ces installations spécifiques au site offrent une expérience unique et profondément ancrée dans le territoire, pleinement caractéristique de Setouchi.

Si vous voyagez dans la région, pourquoi ne pas prendre le temps d'explorer ces joyaux artistiques méconnus, entre deux étapes incontournables ? Vous ne verrez peut-être plus jamais la mer intérieure de Seto de la même manière.

DESTINATION LIÉE

Okayama

La région d’Okayama a prospéré comme une région aux éléments culturels variés, dont les sabres, les poteries de Bizen et d’autres pièces artisanales. Grâce à la clémence de son climat, des fruits, pêches et raisins muscat, sont activement cultivés ici. La région comprend aussi des endroits où vous pouvez découvrir les îles de la Mer intérieure de Seto.

Okayama