Aventure & Experience
Art novateur et nature vierge : à la découverte des charmes de Tokushima
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- NOM DE LA DESTINATION
- Tokushima
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- DERNIÈRE MISE À JOUR
- 18 Mars, 2022
Naruto, les rayons du soleil percèrent timidement à travers les nuages, sublimant plus encore la beauté de ce panorama exceptionnel sur la mer intérieure de Seto.
J’étais sur le pont Onaruto, l’un des plus sophistiqués du Japon, qui relie l’île d’Awaji à Tokushima, ultime trace de technologie de pointe avant de m’aventurer dans cette région fascinante, dotée de ponts suspendus au-dessus de canyons majestueux, de vallées isolées, de villes historiques, et de superbes œuvres d’art.
Au cours des deux jours suivants, j’allais explorer Tokushima, l’une des quatre préfectures de l’île de Shikoku, où la culture locale se développe en harmonie avec la nature sauvage de la région.
La préfecture de Tokushima, pourvue d’un vaste littoral sur l’océan Pacifique, abrite nombre de merveilles naturelles dans ses grands espaces. Mais ce qui en fait une destination à part, c’est sa culture fascinante, qui vient souligner la beauté de la nature. Une culture que les voyageurs ont l'occasion de découvrir et de vivre de l’intérieur, grâce aux lieux et activités culturels de la préfecture.
La passerelle d’Uzunomichi : s’approcher des puissants tourbillons du détroit de Naruto
Quelques minutes après avoir traversé en voiture le pont Onaruto, je revins sur ce même pont, mais cette fois à pied. Uzunomichi est une passerelle vitrée, qui s’étend sur 450 mètres juste en dessous du pont Onaruto. Elle offre une vue à couper le souffle sur le détroit de Naruto (鳴門海峡), qui relie la mer intérieure de Seto au canal de Kii. Comme la plupart des visiteurs, j’étais là pour découvrir l’un des phénomènes naturels les plus fascinants et intimidants du monde : les tourbillons.
Les tourbillons de Naruto peuvent atteindre 20 mètres de diamètre. Ils sont formés par la rencontre de deux marées opposées, dont les courants atteignent parfois des vitesses supérieures à 20 km/h, ce qui les classe parmi les plus puissants courants du monde.
Née à Istanbul (une ville traversée par le détroit du Bosphore, qui sépare le continent européen du continent asiatique), j’ai toujours adoré les ponts pour la sensation de connectivité qu’ils procurent.
Avoir l’opportunité de marcher sur cette passerelle, placée sous le pont Onaruto reliant Shikoku à l’île d’Awaji, était donc suffisant pour m’enthousiasmer. Mais une véritable source d’émerveillement m’attendait au bout de la passerelle. J’y trouvai une salle d’observation depuis laquelle je pus observer, en toute sécurité, les tourbillons qui déployaient leur rugissante splendeur sous des vitres au sol. L’eau a sur moi un effet hypnotisant, j’aurais pu passer des heures à admirer le combat féroce de ces deux marées entrant en collision.
Le moment idéal pour observer les tourbillons de Naruto s’étend sur une période allant d’une à deux heures avant et après chaque marée. Vous pourrez retrouver ces deux plages horaires quotidiennes sur le calendrier des marées de l’observatoire, régulièrement mis à jour.
Des bateaux proposent des excursions permettant de s’approcher des tourbillons, une très bonne alternative si vous désirez les observer de plus près. Si vous préférez rester sur la terre ferme, certains points d’observation offrent une belle vue sur les tourbillons, notamment l’observatoire de Senjojiki et la colline d’Eska.
Le musée d’art Otsuka : un hommage aux plus grandes œuvres d’art du monde
Ma destination suivante était le musée d’art Otsuka, qui se trouve à quelques minutes en voiture de la passerelle d’Uzunomichi. J’allais y admirer certaines des œuvres d’art les plus appréciées du monde.
Le musée d’art Otsuka fut construit en 1998, à l’occasion du 75e anniversaire du groupe japonais Otsuka. Il abrite plus de 1000 tableaux en céramique, reproductions à échelle réelle de certaines des œuvres occidentales les plus célèbres.
La collection permanente du musée, l’une des plus importantes du Japon, est composée d’un millier de peintures occidentales. On y trouve des tableaux extrêmement connus, comme La Joconde ou La Cène, mais aussi les peintures qui font la renommée mondiale de certains édifices religieux, comme le plafond de la chapelle Sixtine, peint par Michel-Ange, ou la chapelle des Scrovegni qui se trouve à Padoue, en Italie.
En entrant dans la chapelle des Scrovegni, d’où s’élevaient des chants, je ne sais ce qui m’émut le plus : pouvoir retrouver les sensations que j’avais ressenties en visitant cette magnifique chapelle à Padoue, ou constater les efforts considérables déployés pour reproduire de manière si fidèle ce véritable chef-d’œuvre.
Les peintures reproduites ici comprennent entre autres La Joconde de Léonard de Vinci, les sept tableaux des Tournesols de Van Gogh*, La Jeune Fille à la perle de Jan Vermeer, et La Cène de Léonard de Vinci (avant et après sa restauration).
*On notera d’ailleurs que la collection inclut l’une des œuvres qui fut détruite pendant la Seconde Guerre mondiale.
On peut facilement passer la journée dans le musée, qui est doté d’un restaurant, d’un café, et d’une boutique de souvenirs.
*Le restaurant est actuellement fermé à cause de l’épidémie de coronavirus.
Les rues historiques d’Udatsu : l’atmosphère de l’époque d’Edo dans cadre élégant
Je me suis ensuite aventurée à l’intérieur des terres de la préfecture de Tokushima. Après une heure de route depuis le musée d’art Otsuka, j’eus tôt fait de me retrouver dans les élégantes rues historiques d’Udatsu, dans la ville de Wakimachi.
Les terres fertiles de Tokushima se prêtent parfaitement à la culture de l’indigo, si bien que durant l’époque d’Edo (1603-1868), cette activité permit à la région de s’enrichir.
Le nom de ces rues fait référence aux pare-feux qui s’élèvent aux extrémités des toits, appelés « udatsu », qui servaient à empêcher la propagation d’un incendie aux maisons voisines. S’ils étaient à l’origine installés afin de prévenir les incendies, le prix élevé de leur installation en fit progressivement un élément décoratif et une marque de richesse.
En cette journée d’automne, le feuillage coloré des arbres soulignait les murs blancs des élégants bâtiments le long de la rue d’Udatsu, à juste titre inscrite sur la liste des 100 rues pittoresques du Japon.
Profitez-en pour savourer une tasse de café ou un déjeuner dans l’un des restaurants distingués de la rue, ou même pour participer à un atelier d’initiation à la teinture à l’indigo.
Teinture à l’indigo : s’essayer à des techniques artisanales traditionnelles vieilles de plusieurs siècles à Waza no Yakata
L’industrie de la teinture naturelle, autrefois l’un des moteurs économiques majeurs de Tokushima, a aujourd’hui été supplantée par des procédés utilisant une teinture de synthèse. Mais cette méthode de teinture traditionnelle est toujours utilisée par les artisans de la préfecture.
Kamiita, une petite ville située à 30 minutes de Wakimachi, et qui abrite les rues historiques d’Udatsu, est l’un des chef-lieux de la teinture naturelle à l’indigo, et ses artisans jouent un rôle-clé dans la transmission de ces techniques traditionnelles aux nouvelles générations. Waza no Yakata (技の館) abrite un espace d’exposition, où les visiteurs peuvent découvrir les liens qui unissent cette tradition à la région, et propose des ateliers d’initiation à l’indigo.
En raison de mon manque de talent avéré concernant tout ce qui touche à l’artisanat, j’éprouvais une certaine timidité à l’idée de m’essayer à la teinture à l’indigo. Mais sous les encouragements de mes deux compagnons de voyage, je me suis rapidement retrouvée vêtue d’un tablier, à essayer de plier correctement une pièce de tissu pour la teindre.
Notre instructrice nous guida patiemment au cours de chacune des étapes de la teinture, qui prend environ une heure. L’étape la plus intéressante de l’ensemble du processus a lieu lorsqu’on plonge délicatement le tissu dans la teinture d’indigo fermenté, afin de l’y laisser tremper entre cinq et dix minutes.
Nous avons tous jeté un œil aux procédés « uniques » que les uns et les autres employaient, et nous sommes mutuellement félicités de nos résultats modestes mais colorés. Je vous recommande vivement de participer à un atelier d’initiation à la teinture à l’indigo, car il s’agit d’une expérience relaxante dont on peut profiter seul ou en groupe.
Le pont Iya Kazurabashi : des histoires légendaires et une expérience passionnante
Pendant que nous roulions sur la sinueuse route d’Iya, je sentais l’excitation monter à mesure que nous nous approchions du pont d’Iya Kazura. Véritable icône des gorges d’Iya, il s’agit d’un pont suspendu de 14 mètres de long, qui traverse la rivière d’Iya, dans les profondeurs de la vallée du même nom.
Le pont Iya Kazurabashi est le plus long pont de lianes des trois restants dans la vallée d’Iya, qui comptait autrefois 13 ponts de lianes. Deux légendes se disputent les origines de ces ponts. Selon l’une d’entre elles, ces ponts devraient leur existence au fondateur de l’école bouddhiste Shingon, Kobo Daishi. Une autre théorie tout à fait captivante suggère que ces ponts furent construits par des soldats du clan Heike, quand ils durent se réfugier au fond de la vallée après leur défaite lors de la guerre de Genpein (1180-1185), opposant le clan Taira au clan Minamoto à la fin de la période de Heian.
Ces deux histoires me donnèrent envie de me précipiter à l’entrée du pont pour y admirer ce paysage à couper le souffle. Très vite, je me suis retrouvée à avancer sur les planches en bois du pont, sentant monter des poussées d’adrénaline. Mais ne vous inquiétez pas, le pont est reconstruit tous les trois ans, et des câbles dissimulés sous les lianes assurent sa stabilité.
À quelques mètres de l’autre côté du pont, vous pourrez découvrir les cascades de Biwa, un autre site pittoresque de la région. Sur le chemin en direction des cascades, quelques boutiques vendent des en-cas et de la bière fraîche.
Iya Onsen Hotel : séjourner dans les profondeurs de la vallée d’Iya
La vallée d’Iya, qui cache, dans ses terres reculées, une nature d’une beauté fascinante, fait partie de ces lieux que l’on n’a pas envie de quitter. Par chance, l’Iya Onsen Hotel, niché dans un recoin isolé de la vallée, dispose d’un magnifique refuge dans lequel ceux qui le souhaitent peuvent prolonger leur séjour.
Dès mon arrivée, je me suis plongée dans le bain intérieur de l’hôtel, surplombant le canyon. Le feuillage coloré que je pouvais voir à travers la baie vitrée me donna l’impression de me trouver à l’intérieur d’un tableau. Mais les bains en plein air sont encore plus impressionnants.
Le lendemain matin, à 7h, nous avons embarqué dans un petit téléphérique au départ de l’hôtel pour nous diriger vers ces bains extérieurs, au fond de la vallée. Après 5 minutes de trajet en téléphérique, nous avons pu profiter des eaux chaudes d’un bain situé le long de la rivière. Un moment qui m’emplit d’une profonde joie de vivre, me donnant la sensation de ressentir la beauté de ce recoin sauvage à l’intérieur de mon corps.
Ce moment merveilleux à profiter du onsen n’en devint que plus beau avec la délicieuse cuisine de l’hôtel, composée de plats locaux de saison. La salle à manger, conçue pour surplomber la vallée, offre à ce moment gastronomique une atmosphère en parfaite adéquation avec l’environnement exceptionnel de l’hôtel.
On trouve à Tokushima tous les éléments que je trouve les plus fascinants du Japon. Ici, la culture humaine respecte la nature, s’inspire de la nature, est façonnée par la nature, et la nature redonne aux hommes avec générosité. Tokushima est l’une des destinations japonaises parfaites pour faire l’expérience de cette enrichissante symbiose entre la nature et les humains.
Photographs and text by Burcu Basar
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Elle a de nombreuses ressources touristiques dont le Détroit de Naruto, un des plus grands courants avec tourbillons du monde et la Vallée d’Iya, qui séduit tous ceux qui découvrent son extraordinaire paysage naturel. Le Festival de Danse Awa, qui attire 1,3 millions de touristes, est à ne pas manquer.