Aventure & Experience

Hiroshima : Visite du temple de Kosanji et du musée Hirayama le long de la Shimanami Kaido

Hiroshima : Visite du temple de Kosanji et du musée Hirayama le long de la Shimanami Kaido

Un célèbre haïku japonais proclame que « les mères du monde sont comme les déesses de la miséricorde ». Des mots qui devaient sonner particulièrement justes pour Kozo Kosanji, un riche industriel qui fit construire le temple de Kosanji en l’honneur de sa mère. En visitant ce temple extraordinaire, on est frappé par sa conception créative et artistique, un aspect que je retrouverai souvent sur mon chemin durant mon voyage le long de la Shimanami Kaido (しまなみ海道). Cette route de 60 kilomètres relie les préfectures de Hiroshima et d’Ehime, se trouvant respectivement sur les îles de Honshu et de Shikoku. Traversant villages pittoresques et paysages marins, j’ai découvert le riche patrimoine artistique de ces îles qui continue à s’épanouir aujourd’hui encore.

Bien que toutes ces destinations soient accessibles en voiture, rien ne vaut une virée à vélo pour profiter pleinement de votre excursion artistique sur la Shimanami Kaido. La première partie de mon aventure sur la Shimanami Kaido débute dans la préfecture de Hiroshima, sur l’île d’Ikuchi (生口島, Ikuchijima) où j’ai visité le monumental temple de Kosanji. Je terminerai la première étape de mon voyage au musée Hirayama Ikuo qui me permettra d’entrevoir comment les paysages maritimes de Setouchi inspirèrent l’œuvre de Hirayama Ikuo, un artiste de renommée internationale natif d’Ikuchi.

Le temple de Kosanji : la merveilleuse preuve d’amour d’un fils pour sa mère

Si l’on me demandait de citer une preuve d’amour d’un enfant envers sa mère, j’aurais bien du mal à en trouver une plus impressionnante que le temple de Kosanji (耕三寺, Kōsan-ji). Inauguré en 1936, cet immense complexe qui s’étend sur quatre niveaux a été construit sous l’initiative de Kozo Kosanji, un homme d’affaires fortuné qui en fit débuter la construction après le décès de sa mère en 1934. Durant les 30 années qui suivirent, ce riche industriel qui devait sa fortune à sa fabrique de tuyauterie à Osaka, fit construire en l’honneur de sa mère plus de 20 structures sur les 50 000 m² du complexe. Il alla même jusqu’à se faire lui-même moine bouddhiste afin de payer sa dette de gratitude envers sa mère. C’est ce que j’appelle du dévouement !

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En arrivant à l’impressionnante entrée principale du temple, il est difficile d’imaginer l’immensité des lieux. On y retrouve une pagode de cinq étages, une imposante statue de Kannon haute de 15 mètres, une grotte aux mille bouddhas représentant des scènes des enfers, et des bâtiments qui s’inspirent des temples japonais préférés de la mère de Kozo.

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Parmi les merveilles d’architecture qui se trouvaient dans le temple, j’ai particulièrement été impressionnée par la porte Koyomon, conçue d’après la porte dorée Yomeimon de Nikko, et le hall principal qui s’inspire du temple de Byodoin de Uji. Ces deux constructions se trouvaient autour d’une grande place centrale bordée de douves où fleurissent des lotus à la fin de l’été. Durant mon voyage, fin février, point de fleurs de lotus, mais le temple était parsemé de pruniers en fleurs.

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Si de nombreuses constructions du temple se veulent être des répliques d’autres temples du Japon, elles arborent toutes des caractéristiques du « style de Kosanji » qui les rendent uniques. Le style de Kosanji donne à ces reproductions plus d’ornements et des couleurs plus vives que les constructions dont elles s’inspirent. Une caractéristique qui vaut à 15 des structures du temple d’être inscrites au patrimoine culturel du Japon, raison de plus pour partir à la découverte de ce temple unique en son genre.

La Colline de l’Espoir : un jardin en marbre d’Italie

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La créativité artistique du temple de Kosanji passe un cran au-dessus dans la Colline de l’Espoir (未来心の丘, Miraishin no Oka), un parc de 5000 m² fait entièrement de marbre blanc importé d’Italie. Situé au sommet du complexe, il fallut 16 ans au sculpteur Itto Kuetani pour terminer ce parc à partir de plus de 3000 tonnes de marbre. Une statue abstraite nommée la Tour de la Lumière culmine au sommet du parc, et s’il s’agit d’un endroit populaire où se faire prendre en photo, on peut également y profiter d’un magnifique point de vue sur les paysages de l’île.

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The Hill of Hope also features a restaurant, also made of marble.

Le ciel était dégagé lors de ma visite et le marbre blanc d’albâtre se détachait sur le ciel bleu. En regardant les paysages en contrebas, j’aperçus des vergers de citronniers qui me firent penser aux paysages ruraux italiens plantés de vignes. Je ne pus m’empêcher de penser que cela avait dû jouer un rôle dans ce qui insuffla l’inspiration pour ce parc monumental. Dans tous les cas, l’amour que Kozo portait à sa mère ne fait aucun doute.

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Portrait artistique de la vie et de l’histoire de Hiroshima au musée Hirayama Ikuo

Poursuivant ma plongée dans l’art japonais en voyageant sur l’île d’Ikuchi, il m’a fallu moins de cinq minutes de marche pour arriver à une autre destination artistique majeure de la région, le musée Hirayama Ikuo (平山郁夫美術館). Ce musée expose les œuvres de l’artiste peintre Hirayama Ikuo, un nihonga (peintre japonais traditionnel) contemporain de renom. Si cet artiste, natif de l’île, est principalement connu pour sa série sur les routes de la soie, la mer intérieure de Seto est aussi pour lui une grande source d’inspiration.

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Une grande peinture de l’emblématique Crown Bridge de Shimanami domine la salle spacieuse d’un des principaux espaces du musée. Dans une salle attenante, une exposition retrace l’évolution des intérêts et des styles artistiques de l’artiste, en commençant par des dessins de son journal intime d’enfance dépeignant des scènes de la vie quotidienne avec sa famille et ses amis, pour peu à peu retracer l’évolution de son style vers des peintures plus matures et des autoportraits. Je ne pus m’empêcher de sourire en découvrant les combats de samouraïs qu’il dessinait lorsqu’il était petit (ne passons-nous pas tous par cette phase à un moment de notre vie ?), mais je sentis mon cœur se serrer devant ses peintures de bateaux de pêche calcinés réalisées après la seconde guerre mondiale.

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A large painting of the iconic Shimanami Crown Bridge bridging the small islands between Hiroshima and Ehime prefectures.

Enfant, Hirayama échappa de justesse à la bombe atomique lancée sur Hiroshima, mais il subit toute sa vie durant les effets néfastes des radiations. Plutôt que de laisser la tragédie de la seconde guerre mondiale assombrir sa vision de la vie, ce triste évènement le fit se tourner vers le bouddhisme et lui donna envie d’œuvrer pour la paix dans le monde. Désireux de mieux connaître les racines de la culture japonaise, Hirayama voyagea en Turquie, en Iran, en Inde et en Chine pour se rendre dans des sites bouddhistes historiques, ce qui donna lieu à sa célèbre série de « Routes de la Soie ».

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Si ces dernières peintures ont été les plus acclamées dans le reste du monde, pour ma part c’est la persévérance de l’artiste dans la pratique de son art, de sa tendre enfance à ses années de gloire, qui m’a totalement captivé. Comme dans le temple de Kosanji, les petites îles de la mer intérieure de Seto semblent pourvues d’une magie qui permet aux talents artistiques de s’épanouir, et ça vaut bien le détour depuis l’île principale du Japon. Si les grandes œuvres d’artistes mondialement reconnus ne vous poussent pas à venir y faire un voyage, les paysages époustouflants que l’on peut admirer le long de la Shimanami Kaido suffiront sans doute à vous convaincre.

Proposition d’itinéraire et carte

Les différents points de départ de la Shimanami Kaido et les multiples moyens d’y accéder permettent d’organiser son voyage simplement et de l’adapter au rythme qui vous convient en fonction de vos capacités physiques et du mode de transport que vous aurez choisi. Le site internet Shimanami Cycle propose des itinéraires à suivre et répertorie les multiples boutiques de location de vélo, ce qui vous sera très utile si vous choisissez de vous déplacer à bicyclette.

Comment se rendre sur la Shimanami Kaido grâce au Japan Rail Pass

La route de la Shimanami Kaido commence à Onomichi, dans la préfecture de Hiroshima, et se poursuit jusqu’à Imabari, une ville de la préfecture d’Ehime accessible via le JR Pass. Si vous commencez votre voyage dans le port d’Onomichi, montez dans un train JR shinkansen depuis la gare de Hiroshima (広島駅) en direction de Tokyo et descendez à la gare de Fukuyama (福山駅), prenez ensuite un train local en direction de Mihara et descendez à la gare d’Onomichi (尾道駅 ; 54 minutes), comptez quatre minutes de marche pour vous rendre au port d’Onomichi (尾道港).

Depuis Shin-Osaka, Kyoto et Tokyo, montez dans un train shinkansen en direction de Hakata, descendez à la gare de Fukuyama où vous pourrez prendre un train local de la Sanyo Line pour vous rendre à la gare d’Onomichi. Il faut compter environ 2 heures pour atteindre Onomichi depuis Shin-Osaka et Kyoto, et 4 heures depuis Tokyo.

Comment se rendre à l’île d’Ikuchi

Si vous désirez vous rendre directement sur l’île d’Ikuchi sans voyager sur les 25 km de la Shimanami Kaido qui la sépare d’Onomichi, vous pouvez monter à bord d’un ferry au départ du pour de Mihara (三原港), une traversée de 44 minutes qui vous mènera au port de Sawa, et il ne vous restera plus qu’à marcher (ou pédaler) sur un kilomètre avant d’arriver au temple de Kosanji et au musée Hirayama Ikuo. Le ferry n’est pas couvert par le Japan Rail Pass.

Que vous voyagiez en train, en ferry ou à vélo, la Shimanami Kaido vous régalera de la beauté de ses paysages, vous fera découvrir des destinations aux incroyables richesses culturelles et artistiques, et des temples impressionnants qui vous donneront envie de revenir voyager autour de la mer intérieure de Seto. Pour découvrir d’autres destinations le long de la Shimanami Kaido, lisez la suite de mon voyage dans la préfecture d’Ehime dans la deuxième partie de mon article.

DESTINATION LIÉE

Hiroshima

Hiroshima est la ville centrale des régions de Chugoku. La préfecture de Hiroshima est dotée du Sanctuaire Itsukushima-jinja, avec son élégant portique torii se dressant dans la mer ; du Dôme de la bombe atomique qui transmet l’importance de la paix et de nombreuses autres attractions qui méritent le détour. Elle compte également des objets d’artisanat célèbres dans le monde entier, comme les pinceaux de Kumano.

Hiroshima